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26 mars 2008

Nano Revolution

Nokia_01 Voilà un très beau scénario signé Nokia et qui nous permet de percevoir ce que nous réservent à l’avenir les nanotechnologies.
Le concept « Morph » (voir la vidéo) est un excellent exemple de dématérialisation de la technologie qui pourtant est omniprésente jusqu’au confins même de la matière. L’objet dans sa globalité devient intelligent. Il est capable de comprendre son environnement, les interactions de l’utilisateur et d’agir en conséquence. Voici quelques fonctionnalités de ce concept...

« Morph » est un objet pouvant instantanément prendre plusieurs formes suite à une simple interaction de l’utilisateur. D’une forme plate et allongée, celui-ci peut devenir circulaire afin de s’adapter par exemple au poigné, telle une montre bracelet. Morph peut également se replier tel un accordéon. Le déplier permet d’accéder à d’autres fonctionnalités. Exit charnières et câblages, coques injectées, soudures ou encore pièces mécaniques. C’est la matière elle-même qui joue tous les rôles à la fois.

Le nano-matériau utilisé est également auto-nettoyant. Sa structure n’offre aucune prise aux liquides, à la poussière, à la corrosion et même aux empreintes digitales. Un objet qui reste systématiquement propre augmente sa durée de vie.

La surface de l’objet, sa « peau » est constituée par endroits de cellules sensibles à la lumière. Il ne s’agit pas de capteurs photovoltaïques constitués de silicium, mais de nano-cellules (Nanograss) capables d’un rendement très largement supérieur aux technologies habituelles. Celles-ci chargent en quelques secondes une batterie extrêmement fine et légère réalisée à l’aide de nano-tubes de carbone.

Morph est sensible à son environnement et peu interagir avec lui. L’extrême miniaturisation et l’intégration de nano-capteurs permettent à l’objet de considérer la lumière ambiante, la température, l’hygrométrie, la pression atmosphérique, sa position dans l’espace, le niveau sonore ambiant etc… Morph est même capable d’analyser la composition de l’atmosphère autour de l’utilisateur.

Les interfaces de saisies et de visualisation sont elles aussi totalement intégrées « au matériau » de l’objet. Il devient alors aisé de les concevoir en fonction des besoins et des règles de l’ergonomie.

Il est remarquable de considérer qu’à l’avenir les objets ne seront plus constitués d’ensembles et de sous-ensembles de pièces mécaniques ou électroniques assemblées à l’intérieur d’un « contenant » dont l’usage est de protéger et de permettre la manipulation de l’objet. C’est la matière et ses constituants intimes qui devront être « forgés ». Voilà une incroyable remise en question et un formidable défi pour le designer ! Notre rapport à l’objet et nos méthodes de conception vont littéralement voler en éclats ! A nous designers de nous adapter à ce qui est un réel changement de paradigme…

Il serait faux de croire que les nano-matériaux ne sont que des expérimentations de chercheurs ou des fantasmes de designers. Des centaines d’applications sont déjà présentes sur le marché, dont les fameuses batteries aux nano-tubes de carbone. Aujourd’hui les nano-matériaux sont utilisés dans de multiples domaines ; l’aéronautique, la chimie, les cosmétiques, le textile ou encore l’opto-électronique. Bien que les investissements réalisés en recherche et en unités de productions soient faramineux, un rien nous sépare encore de leur commercialisation en masse. Comme dans bien des domaines, ce sont les pionniers qui rafleront la mise…

"Morph" en vidéo
Exposition « Design and the Elastic Mind » jusqu’au 12 mai 2008 au MoMa.
Nokia Research Center
En savoir plus sur les nano-matériaux

Nokia_02

Nokia_03

Nokia_04

mars 26, 2008 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

16 mai 2006

Les PME ne profitent pas assez du web

WebD’après une récente étude anglaise rapportée par Silicon.fr, les PME n’exploitent pas suffisamment les possibilités qu’offre le web, en particulier dans le domaine de l’e-commerce. Pour l’auteur de l’article, Yves Grandmontagne, cette étude peut aisément être transposée aux entreprises françaises.

Mon expérience quotidienne démontre que tel est bien le cas. L’implosion de la bulle Internet au début des années 2000 n’a pas fait que des dégâts dans le secteur financier : Les dégâts ont également été considérables dans l’esprit de nombreux dirigeants de PME...

Rappelez-vous le contexte jusqu’en 2000. Le vecteur web était le nouvel eldorado. Il s’agissait “d’y aller” coûte que coûte, d’être “dans le coup”. Les technologies n’étaient pas encore suffisamment matures et surtout, l’audience bien trop réduite. Le retour d’expérience était minime. C’était l’époque du défrichage tout azimut (les technologies, les services, les marchés, les comportements, l’ergonomie, les stratégies, l’étude de l’audience...). Dans ce contexte, certaines expériences ont été malheureuses : des résultats mitigés pour ne pas dire inexistant, pour des coûts jugés souvent prohibitifs.

Cette époque est aujourd’hui totalement révolue. Une large part de la population s’est équipée et s’est approprié à la fois les outils, les services et l”esprit” du web. L’avènement du haut-débit, des offres triple-play et le doux basculement vers le « web 2.0 » ont fait de l’Internet un outils quotidien et quasiment indispensable. À tel point que pour beaucoup d’entre nous l’acte majeur consiste aujourd’hui à « faire l’effort » de se déconnecter.

Le web est aujourd’hui plus que jamais un formidable outil de communication qui peut également ouvrir d’incroyables opportunités de business pour les PME en particulier. Encore faut-il savoir pourquoi « on y va », comprendre comment il s’utilise et comment il agit. Mettre en place une stratégie web efficace demande réflexion et travail, non seulement de la part des designers et développeurs mais également de la part du client. Un site web n’a pas la moindre chance de survivre tout seul dans son coin. La mise en ligne d’un site n’est que le début d’une aventure qui sera soit considérée comme une charge supplémentaire (dont on se serait bien passé) soit comme un investissement extrêmement rentable.  Les questions pertinentes à se poser en tout début de processus sont les suivantes :

Quels sont mes objectifs et quel est mon potentiel ?
- Me contenter de dire que j’existe,
- Partager des données,
- Vendre ma production,
- Promouvoir mon entreprise, mes produits, un lieu…
- Mieux connaître mon marché,
- M’ouvrir de nouveaux marchés en particulier à l’international,
- Faire des gains de productivité,
- Accroître mon Chiffre d’Affaire, mes bénéfices,
- Améliorer mon image de marque, accroître ma notoriété…

Quel est mon contenu ?
- Des catalogues produits,
- Des services,
- Des outils de ventes et de communication,
- Des données confidentielles,
- Des enquêtes, des études,
- Les contenus dont je dispose sont-ils adaptés au web ou non ? Sinon comment les adapter ?
- Me faut-il produire de nouveaux contenus ?
- Quels sont les coûts de production ou d’adaptation de mes contenus…

Quelle est ma cible et quels sont ses besoins ?
- Mes employés,
- Mes fournisseurs,
- Mes clients habituels,
- Une clientèle captive ou très large,
- Le grand public,
- Les services Achats des entreprises,
- Les médias…

Quelle est ma valeur ajoutée ?
Un site web n’a que peu de valeur si celui-ci se contente de présenter des catalogues produits, des services, des news ou des résultats financiers. Pour être pleinement efficace, celui-ci doit proposer une réelle valeur ajoutée (services complémentaires, applications spécifiques, push media…).

Comment le site va-t-il vivre et croître ?

- Quelles sont les actions à mener au lancement du site ?
- Comment animer le site (mises à jours, actions web marketing et commerciales, push…)
- Quelles sont les ressources nécessaires (RH, savoir-faire internes ou externes),
- Coûts d’animation : rédaction, traductions, séances photos,
- Planification des mises à jours,
- Comment analyser les comportements des utilisateurs et comment en tenir compte…

Quel retour sur investissement puis-je espérer ?
- Gains de productivité (amélioration des process, RH, gestion, logistique, distribution…),
- Gains en termes d’image de marque et de notoriété,
- Croissance,
- Bénéfices…

Mettre en place un projet de communication on-line implique de la part de l’entreprise la mise en place d’un cadre spécifique permettant la « bonne gestion » du projet.

Gestion du projet
- Nomination d’un chef de projet,
- Élaboration de la stratégie,
- Audit des ressources internes,
- Réalisation d’un cahier des charges,
- Mise en place d’un comité de pilotage,
- Consultation des ressources externes,
- Mobilisation et structuration des ressources (internes et externes),
- Élaboration des plannings,
- Mise en œuvre et suivi du projet…

Coût total de l’opération
- Coûts initiaux (mise en place du projet : analyses, études, développements…),
- Coûts de fonctionnements (hébergement, animation, rédaction, traductions…).

Conclusion
- Mon potentiel est-il en adéquation avec mes objectifs ?
- Suis-je prêt à investir toutes les ressources nécessaires et à soutenir mon projet dans le temps afin de mettre toutes les chances de réussite de mon côté ?

Miser sur la communication on-line n’a rien d’anodin. Elle doit impérativement trouver sa place au sein de la stratégie globale de l’entreprise. Son rôle est double : A la fois vecteur de communication et vecteur de distribution. Parce qu’elle implique la mise en œuvre de savoir-faire spécifiques et une réflexion stratégique à long terme, elle est toujours coûteuse en ressources humaines et financières.

Elle cumule par contre des avantages considérables : des coûts de mise en œuvre et d’exploitation bien plus faibles que les vecteurs de communication et de distribution classiques, une zone de chalandise bien plus large et un champ d’investigation quasi illimité.

L’article sur Silicon.fr

mai 16, 2006 dans Analyses | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

26 octobre 2005

Comment définir le design ?

DesignpuzzleDepuis l’ouverture de ce blog au mois de mai dernier, j’ai souvent eu l’occasion de parler des fondamentaux des métiers du design. Toujours, toutefois, en prenant appuis sur l’actualité, sur mon état d’esprit du moment ou sur un certain nombre d’études glanées ici ou là. Il est temps de définir de manière précise ce que j’entends par « démarche design » (en termes opérationnels) et comment elle peut s’inscrire au sein de la stratégie de chaque entreprise grande ou petite...

Curieusement, aucun designer ne sera capable de vous donner en quelques mots une définition précise de son métier. Même si les fondamentaux sont bien sûr communs, la « vision » que nous avons de manière individuelle de notre métier ne peut être que le fruit de notre personnalité, de notre formation, de nos savoir-faire et de notre expérience professionnelle. En voici ma propre définition :

Le design est une démarche créatrice et intégratrice basée sur :

Un postulat
Qui considère l’utilisateur d’un produit ou d’un service comme adulte, éduqué, informé et citoyen.

Une réflexion
Dont les carburants sont les ressources du marketing, de la sociologie, de l’ethnologie et de la technologie. Le tout passé aux filtres du savoir-faire, de la sensibilité et de l’intuition du designer.

Une méthodologie
Qui consiste, par étapes successives et bien identifiées, à passer d’une idée, d’un concept, d’un besoin identifié ou encore d’une simple « aspiration » à un objet ou à un service parfaitement opérationnel, compris, accepté et… apprécié.

Un état d’esprit
Axé sur la créativité, l’imaginaire, l’innovation, l’ouverture d’esprit, la spontanéité et la curiosité de chaque acteur d’un projet.

Voilà en quelques lignes le contexte dans lequel se fond la démarche design. Mais cette définition ne serait pas complète sans en présenter ses objectifs :

L’objectif de toute démarche design est de créer de la valeur
Valoriser les produits et les services, valoriser l’identité et par extension l’image de l’entreprise. Afin de parvenir à cet objectif, le design cherche à instaurer un rapport affectif entre l’offre de l’entreprise et ses clients. Mais aussi (pour ne pas dire d’abord) auprès de son propre personnel chargé de construire cette même offre et de la vendre !

Les outils du designer
Le designer livre et présente des dessins, des mises en scène, des schémas, des plans d’ensemble, des éclatés, des interfaces, des maquettes… Il travaille sur les volumes et les matériaux, les formes et les couleurs, sur le « signifiant ». En fin de compte, il travaille sur « l’expérience utilisateur » en tentant de se substituer à celui-ci. En amont, il travaille sur l’univers d’un projet, présente des idées et des concepts, des analyses, des scénarii, fait des recommandations, contribue à la réalisation d’un cahier des charges et conseille les dirigeants de l’entreprise quant à la manière s’insuffler le sens de la créativité, le bonheur de créer et d’inventer.

La démarche design : pour qui ?
La démarche design n’est pas la chasse gardée de quelques grands groupes internationaux des secteurs de l’automobile, du mobilier, de l’électroménager ou encore du luxe. Toute entreprise qu’elle soit grande, moyenne ou petite a tout à gagner à entreprendre une telle démarche.
Qui dans votre entreprise se propose de mettre en place (et d’être le garant) d’une démarche et d’une vision globale, cohérente et donc transversale d’un projet, en tenant compte des contraintes identifiées par chacun de vos services ? Qui se propose de répondre à ces contraintes tout en se substituant aux personnes qui vont utiliser votre produit ou votre service ? Qui en déduit les formes, les volumes, les couleurs, les signes ? Bref, qui synthétise le projet, en déduit son aspect et la façon dont on va se l’approprier d’un point du vue fonctionnel et émotionnel ?
Un objet ne peut pas se réduire à une série de fonctions, à un marché cible, à un prix de revient et à un prix de vente. Il véhicule bien plus que cela. Il véhicule d’abord l’identité de l’entreprise, son image de marque, son savoir-faire et sa stratégie. Il véhicule également « l’identité » et l’univers de ses utilisateurs.

Ce que le design n’est pas
Depuis fort longtemps les médias et la publicité se complaisent à montrer le design comme une sorte d’activité artistique élitiste et avant-gardiste que seul une fraction de la population peut s’offrir, en mettant en scène quelques créateurs star « quasi-peoplelisés ». Nous l’avons tous lu ou entendu : tel TGV, tel bistrot, tel produit a été dessiné par tel designer à la mode. Vous voulez paraître branché ? alors utilisez tel service, venez nous voir à tel endroit etc…
Le design est dans bien des cas un simple argument de vente (généralement pour justifier un prix élevé). N’avez-vous jamais entendu dans telle enseigne d'électroménager ou de mobilier un commercial ou un client dire « Wahou, ce modèle est vraiment... design ! ». On casse un peu ou même beaucoup les codes mais uniquement dans le but de les casser… Où est l’intérêt ?

Conclusion
Le design n’est pas une charge de plus destinée à s’octroyer à la dernière minute (lorsque le projet est quasi bouclé) un avantage concurrentiel artificiel que personne ne pourra vraiment quantifier. Il s’agit d’un réel investissement à long terme, d’une stratégie, d’un vrai projet d’entreprise au sens large. Tous les dirigeants d’entreprise qui se sont lancé dans cette démarche vous diront qu’elle leur a permis de donner un nouveau souffle à leur activité, de s’ouvrir de nouveaux horizons auxquels, obnubilés par la gestion à court terme de leur activité, ils ne pouvaient pas décemment penser.

Le designer ne se substitut ni aux spécialistes du marketing, de la communication, de la R&D ou du bureau d’études. Son rôle est fondamentalement transversal. Il est une passerelle, une interface dont l’unique but est de considérer le projet dans son ensemble, d’en déduire son aspect ainsi que la manière dont l’utilisateur s’en emparera.

> Domaine d'intervention
> Méthodologie

octobre 26, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

05 septembre 2005

L’offre design en france

Offre2De plus en plus souvent, des entreprises grandes ou petites font appel aux services de designers. Malgré tout, les professionnels du design restent mal connus. A l’évidence d’abord pour des questions de fonds : « Qu’est ce que le design ? Que peut apporter un designer à mon entreprise ? Quelles missions lui confier et à quelles fréquences ? ». Elles sont aussi mal connues car il est souvent difficile d’identifier les professionnels du design. Il s’agit d’un secteur d’activité extrêmement éclaté...

Les spécialités sont très nombreuses, les professionnels se partagent entre des designers intégrés aux entreprises (j’y reviendrais lorsque je parlerai de Design Management), un tout petit nombre de grandes agences dont les spécialités sont multiples, des petites agences souvent spécialisées et un grand nombre de professionnels indépendants. Le facteur géographique est également important car la plupart des agences se trouvent en Ile-de-France. Les indépendants quant à eux sont déployés un peu partout sur le territoire national.

Pour compliquer le tout, les designers ont tous des profils très différents. Certains ont une formation d’ingénieur, d’autres une formation en marketing ou en sociologie, d’autres encore proviennent d’écoles d’arts, d’architecture et même d’écoles de musiques et enfin certains sont diplômés d’écoles de design. Certains sont très spécialisés, d’autres considèrent que pour pouvoir s’exprimer pleinement, la stratégie design est un tout qui doit s’appliquer de la manière la plus large possible, quels que soient les supports sur lesquels il s’exprime.

Je sais, vous vous dites qu’une mère n’y retrouverait pas ses petits... Et vous avez raison ! Il s’agit bien de professions un peu particulières… Tous cependant ont un unique objectif : Proposer à l’entreprise de donner du sens à sa production (produits/services) et à son image en faisant appel aux ressources de la créativité et à l’imaginaire tout en s’appuyant sur des ressources plus rationnelles et quantifiables apportées par des études marketing, sociologiques, ethnologiques et les ressources de la technologie.

Alors comment identifier votre interlocuteur « design » ?

Les annuaires professionnels sont une première approche évidente (Centre Design Rhône-Alpes, Alliance Française des Designers, Design in Europe…). Mais dans ce cas, on part évidemment un peu à l’aveuglette et le choix s’effectuera sur des critères pratiques ou confortables (géographiquement proche, références clients, profil intéressant ou des « j’aime son style... »), Mais ses critères quoique indispensables ne seront pas forcément des plus pertinents.

Faire appel à ses contacts professionnels ou à ses proches est une bonne méthode. Les expériences réussies (comme les autres d’ailleurs) sont toujours partagées. Cette méthode permet de se faire une idée plus précise de son futur interlocuteur ; sa personnalité, ses méthodes, son professionnalisme, etc.…

Une dernière approche, regroupant les deux premières, consiste à chercher votre futur interlocuteur sur des « réseaux sociaux » (Viaduc, 6nergies, Linked in…), directement via leurs annuaires ou mieux par votre propre réseau de contact sur ces mêmes plates-formes. Les professionnels ont généralement plus d’espace à leur disposition pour se présenter, faire des liens vers leur propre site web, portfolio ou… blog.

Entamer une relation avec un designer n’est pas toujours aisé. Contrairement à d’autres intervenants, le designer à un impératif besoin d’espace et de liberté d’action pour s’exprimer. De plus, la démarche design n’est probante que si on la considère comme une démarche à long terme. Il s’agit de labourer très profondément, d’apprêter, de semer, puis d’entretenir jalousement en attendant de récolter des fruits dont les graines serviront à leur tour à ensemencer l’avenir. Un simple ratissage ne fera qu’illusion. Des racines atrophiées ne résistent jamais aux bourrasques qui fatalement parsèment l’avenir. Un designer a besoin de temps, de confiance, de disponibilité et surtout de relations seines et durables. Il considère que le résultat de son action ne peut être que le fruit de connaissances loyalement partagées, de remises en question, d’une certaine dose de risque, de l’imagination de chacun et des aspirations (au-delà des simples attentes) d’un utilisateur qui est bien plus qu’un simple client.

Contrairement à la culture d’entreprise dominante, fondée sur la seule rationalité, des méthodes de management verticales et des structures très compartimentées, un designer a une foi inébranlable en son intuition. Il la cultive en permanence en faisant appel à sa curiosité qui englobe des sujets bien plus vastes que les uniques techniques de mise en forme, des règles de proportions ou d’application des couleurs. Il est à la fois un défricheur d’avenir et un acteur du présent, focalisé sur le futur pour mieux en baliser la route qui y mène dés à présent. Il se nourrit de la prospective et de l’innovation, de la technologie, de la science des matériaux, des processus de fabrication et des méthodes de commercialisation. Il se nourrit également de l’analyse des usages, de l’ergonomie, de l’étude des comportements et de la psychologie de ses contemporains.

Le design est une troisième balise, un troisième pôle stratégique. Un pôle tout à la fois de réflexion et d’action, complémentaire aux ressources du marketing et de la R&D.

L'offre design en France (Etude "Design France /APCI" 2002)

septembre 5, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

11 juillet 2005

Raisons et sentiments

RaisonsJ'ai posté une contribution ce matin sur le hub "Design, concept, Arts & Créativité" du réseau viaduc.com, en réponse à une question de Grégoire Gérard. Je tenais à en informer les lecteurs de ce blog...

"Les professions du design manquent depuis des lustres d'une réelle lisibilité et d'une représentativité forte et durable. Non pas que personne ne parle jamais de design, mais d'un côté les médias et la pub ont tendance à nous confiner dans une niche (vous savez bien, les fameux produits "design") et de l'autre, bien que certaines organisations professionnelles fassent un boulot de titan pour promouvoir notre savoir-faire, ce n'est encore et toujours pas suffisant.
Entre les deux, il y a notre marché, nos clients ; des entreprises, grandes ou petites. Et là, les questions sont pléthoriques, l'incompréhension quelquefois totale. Une réunion de prise de contact typique vous met face à des gens de marketing d'un côté et des gens du BE de l'autre (voire la Com, plus rarement la DG). Tous n'ont souvent qu'un seul et unique but, chercher à vous piéger. Parlez-vous marketing, parlez-vous ingénierie ? Tout leur vocabulaire professionnel y passe et attention à vous si un terme vous échappe... vous êtes fusillé sur place, grillé et surtout humilié ! Tout ce petit monde a une peur quasi-panique que vous marchiez sur leurs plates-bandes ou de se voir exclu du processus de décision.

Nous savons, nous designer (en tout cas c'est ma propre démarche) que notre rôle n'est pas de prendre la place de qui que ce soit... Notre rôle est de donner du sens à ce que nous produisons quels que soient les supports sur lesquels nous nous exprimons. Notre rôle est de faire émerger les idées, de leur donner corps et de leur donner vie, grâce au savoir-faire de tous. Notre rôle est également de voir à plus long terme en tentant d'isoler très tôt certaines tendances lourdes, afin de permettre aux différents secteurs d'activités auxquels nous nous adressons de prendre des options importantes, ne serais-ce qu'en terme de réflexion. Notre rôle in fine est de mener notre réflexion au-delà d'un simple concept, d'une stratégie de communication ou d'un marché cible. Le tout est de caler notre réflexion à l'intérieur des limites que nous fixent nos interlocuteurs (cela les rassure). Mais croyez-en mon expérience, tous mes interlocuteurs ont toujours été agréablement surpris des chemins sur lesquels on pouvait les emmener, à condition toutefois de leur tenir la main et d'obtenir leur confiance.

Certes, pour beaucoup d'entre nous les temps sont difficiles. Mais je suis encore et toujours très optimiste, car notre potentiel, une fois que celui-ci est compris, est véritablement énorme ! Les difficultés économiques et la crise de confiance auxquelles nos entreprises ont à faire face nous permettrons tôt ou tard de nous exprimer pleinement et sereinement, j’en suis certain. Courage !"

Mon profil sur Viaduc

juillet 11, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

23 juin 2005

Le design parent pauvre des PMI ?

PmeLa plupart des grandes entreprises ont intégré, à un niveau ou à un autre, la démarche design. Pas forcément encore parce qu’elles considèrent qu’il s’agit d’une démarche à part entière, mais souvent parce qu’elles considèrent qu’il s’agit d’une arme parmi d’autres leur permettant de se singulariser face à leurs concurrents. Rares sont en effet les grandes entreprises qui ont intégré au niveau le plus fin de leur organisation ou de leur hiérarchie la stratégie design au sens le plus large. Souvent, seules les entreprises qui ont à faire face à une concurrence acharnée tirent leur épingle du jeu en misant tout sur cette démarche. Des pans entiers de l’économie se sentent quant à eux pour le moins exclus de toute démarche design, car situés en deuxième ligne et non pas directement sur la ligne de front (je pense en particulier aux secteurs de la sous-traitance)...

Qu’en est-il des PME/PMI ? Une étude réalisée en 2002 (déjà), réalisée par la DAR PMI et avec la coordination de l'organisme Design-France démontre (si toutefois il s’agit d’une démonstration, car le taux de réponses n’a été que de 14% sur 637 entreprises) que peu d’entre elles y pensent même si la pratique du design a tout de même tendance à croître. Pourtant nous sommes tous conscients du fait que les petites et moyennes entreprises sont un vivier considérable à la fois d’emplois et de croissance. Deux raisons à mon sens expliquent cet état de fait :

Une question de culture
Malgré les efforts considérables que font les différents organismes ou associations portant les secteurs du design auprès des petites et moyennes entreprises, certains représentants de ces mêmes entreprises considèrent toujours que le design n’est rien de plus qu’une sorte de valeur ajouté, la cerise sur le gâteau en quelque sorte : le design, c’est « faire joli » et on y pense généralement au dernier moment, lorsqu’on n’a plus le temps, ni le budget. A ce moment-là, cette cerise a toujours un coût qui leur paraît d’une part démesuré et qui ne permet pas, d’autre part, d’obtenir en retour des résultats suffisamment fiables pour en tirer quelque enseignement que ce soit. Je comprends parfaitement bien ce genre de réticences. Le design n’est pas synonyme de réussite absolue, tout comme le marketing, la technologie ou l’innovation. Mais le design est FACTEUR de réussite (tout comme le marketing, la technologie ou l’innovation). Je me suis déjà exprimé sur le sujet : Le design est une démarche de fond, pas une arme (même énorme) à un seul coup.

Le facteur coût
Une étude design a bien entendu un coût. Elle met en œuvre les compétences et l’expérience d’un ou de plusieurs designers pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Le design fait également appel à ses propres sous-traitants (maquettistes, bureaux d’études, prototypage, photographes, prépress…). Les entreprises ont tout à gagner à intégrer ce coût au sein de leur budget global et non pas à utiliser les fonds de tiroirs (généralement à la dernière minute) des budgets marketing, com ou R&D. Cela permettrait la mise en place d’une démarche globale et d’un suivi s’étirant sur plusieurs années. Les résultats en seraient ainsi que plus visibles, pour ne pas dire évidents.

Nous devons, nous designer, faire encore et encore œuvre de pédagogie…

juin 23, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

15 juin 2005

Les aventuriers... du sens perdu

SensA priori, un mot pourrait résumer mon activité professionnelle, un mot qui irrigue mon quotidien de toute son étendue : « COHERENCE ». Il est ce qui relie tous les facteurs design de l’entreprise ; du portefeuille produit aux lieux de vente, en passant par le conditionnement, l’identité visuelle, les outils de vente ou de présentation. Il est indispensable certes, mais il n’est qu’une ligne rouge, un guide permanent...

En effet, le fait d’être « cohérent » ne suffit pas à une stratégie design efficace. Il est impératif d’aller au-delà de cette seule notion et de planter notre bâton de pélerin plus en amont encore, car à quoi cela sert-il de s’appuyer sur une stratégie cohérente si celle-ci est vide… de SENS ?

Le voilà le maître mot « SENS ! donner du SENS ! ». Il est le fondement, le pilier de toute stratégie design. Je suis parfaitement conscient que mes propos son teintés d’idéalisme, mais par les temps qui cours, je suis persuadé que nous devons aller chercher au plus profond de nous-même et de nos entreprises les armes et les ressources qui nous ferons non seulement avancer mais aussi et surtout gagner (et je ne pense pas qu’aux parts de marché).

En effet, de quelles armes disposons-nous de prime abord ? Il s’agit de la finance, du management, des ressources humaines, du marketing, la technologie, l’innovation, la communication… Tous les chefs d’entreprises parleront d’abord de leurs objectifs et de leur stratégie, puis des outils et des ressources à leur disposition pour la mettre en œuvre, puis en attendront les résultats l’année d’après : Ma stratégie a-t-elle porté ses fruit ? Où en est notre part de marché ? A-t-elle progressée ? Nos marges sont-elles meilleures cette année ? Faites-moi un topo sur la situation de nos concurrents. Quelles sont nos marges de progression ? etc… Ces questions sont bien sûr frappées du bon sens le plus élémentaire et demandent des réponses précises, mais au-delà qu’en est-il ?

Va-t-on se résoudre à se bagarrer ad vitam aeternam à coup d’études marketing encore et toujours plus fines ? de coûts de production encore plus serrés et en fin de compte à vouloir faire toujours plus avec toujours moins ? La réponse est « OUI » sans ambiguïté ! Il nous faut absolument apprendre l’efficacité au meilleur coût. Le problème est qu’on ne peut se résoudre à éternellement suivre cette voie. On se trouve toujours un jour ou l’autre « au taquet », ce fameux curseur qui nous dit « ou tu t’arrêtes là, ou tu renvoi tout le monde à la maison ! ». Alors comment passer le mur du son ?

La piste du design global
Je considère que le design global est une démarche créative (et créatrice), complète, cohérente et qui ne peut porter ses fruits qu’à moyen ou long terme. Mais au-delà, et je l’ai déjà exprimé lorsque j’ai parlé de mon parcours, le design est avant tout un état d’esprit ! De ce fait, il est également psychologie… Alors comment injecter du sens à nos réalisations ? D’abord en se remettant en cause et en se posant perpétuellement un certain nombre de questions fondamentales :

- Quelle est la « vision » qui me guide et qui guide mon entreprise ?
- Quelles sont nos compétences, nos savoir-faire, que peut-on offrir ?
- Mon entreprise répond-t-elle aux attentes de ses clients et qu’attentent-ils en retour de nous ?
- Mon entreprise est-elle un tout, unique et cohérent et le proclame-t-elle, le montre-t-elle ?
- Ai-je fait le pari de la simplicité et de la sincérité ?

Ensuite et c’est là l’essentiel, en axant toujours sa réflexion autour de « l’utilisateur », car l’utilisateur est toujours bien plus qu’un simple « client » (nous y reviendrons dans de futurs posts).

Le design ne se substitut en rien aux ressources classiques de l’entreprise…. Il se propose d’aborder leur développement selon un angle différent, plus global justement. Le designer prend en compte d’une part toutes les contraintes et les savoir-faire propres à chaque entreprise, et d’autre part il doit faire l’effort de se substituer, le temps de sa mission en tout cas, à l’utilisateur. Son rôle est primordial, son rôle est celui « d’interface ».

La réflexion du designer se nourrie de considérations bien plus vastes que la simple réponse « technique » à un cahier des charges. En ce sens, « faire du design » ne peut pas se résumer à dessiner un « joli produit » ou un « joli logo » (avec toute la subjectivité que cela implique). Un beau produit, un produit réussi, n’est rien de plus que la résultante d’une démarche de fond initiée très en amont.

Partir à la quête du sens, voilà ce que propose toute démarche design…

juin 15, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

10 mai 2005

Réinventer le travail

Anpe_2C’est un fait, le marché du travail est en pleine crise. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à penser qu’il est en pleine révolution. Les entreprises ont un besoin vital et croissant de flexibilité afin de surnager sur les flots de la mondialisation. Pour survivre, il est impératif qu’elles aient des outils leur permettant d’adapter aisément leur voilure à leurs carnets de commandes. Les salariés quant eux ont besoin d’un maximum de visibilité et donc de sécurité afin de gérer au mieux le quotidien et l’avenir de leurs familles. Comment concilier les intérêts des uns et ceux des autres ? Loin de moi la prétention de donner une réponse universelle, mais je souhaiterais tout de même donner quelques pistes afin d’alimenter la réflexion...

Pour ma part, je suis éberlué d’entendre des chefs d’entreprises dire qu’ils ont besoin d’embaucher, mais qu’embaucher revient à se lier les mains et jouer la survie de leur société (en particulier lorsqu’il s’agit de petites entreprises). La situation est devenue aujourd’hui si paradoxale que lorsqu’on a besoin de bras pour répondre à une commande, ou à un projet, on préfère s’en passer par peur de mettre son activité en péril une fois le coup de feu passé. Comment en est-on arrivé à de telles extrémités ? Je pense qu’il s’agit à la fois d’un énorme manque de courage politique, de cécité caractérisée, de mensonges et d’inertie administrative.

Ne nous abandonnons pas à de douces illusions. Notre vie professionnelle sera faite, dans l’avenir, de phases de missions, ponctuées de phases de formations et de non-activité. Les entreprises ont besoin de flexibilité ? Qu’attendons-nous pour leur donner ce dont elles ont besoin. Après tout, ce sont elles qui créent nos richesses et qui nous permettent de profiter du système social que nous souhaitons. Laissons-les faire ce pour quoi elles sont faites, réduisons drastiquement les charges de tout poil qui pèsent sur elles, réglementons sévèrement la course aux profits (ceux qui profitent uniquement aux investisseurs au détriment des acteurs), partageons plus équitablement les bénéfices de nos réussites communes.

Attardons-nous à présent sur le sort des « actifs » ou « acteurs ». Le terme de « salarié » me semble en effet à présent dépassé, car réducteur et superficiel et celui de « travailleur » me semble pour le moins teinté d’idéologie moyenâgeuse. Offrons aux « acteurs » la possibilité de se former tout au long de leur vie professionnelle (c’est à présent indispensable, nous en conviendrons tous). Expérience et formation continue seront les maîtres mots à l’avenir, car elles feront de nous des acteurs actifs et indispensables au développement de nos économies et de nos personnalités respectives. Demandons aux entreprises de financer la formation continue de leurs « acteurs », plutôt que de financer le chômage de masse à fonds perdus. Je pense que personne (et je dis bien personne) ne souhaite être assisté. Pour la bonne raison que nous avons tous des souhaits, des envies, des rêves. En un mot nous avons tous besoin de nous réaliser. Mais les portes à franchir sont tout simplement bien trop nombreuses, bien verrouillées et parfois même rajoutées de manière artificielle afin de nous décourager. Pourquoi ?

Certaines pistes me semblent prometteuses : l’Interim est en pleine révolution, le travail en Régie s’intensifie également. Mais pour être efficaces, elles doivent aller beaucoup loin et ne plus être de simples solutions de remplacement voir de replâtrage.
Une piste en particulier me semble extrêmement intéressante ; celle du portage salarial. Certes nous n’en sommes encore qu’au stade des bonnes intentions et du bricolage en adaptant ce mode de travail à notre droit. Il n’est encore accessible qu’à certains types de professions, dites intellectuelles et oublie bien d’autres corps de métiers. Cette solution est à mon sens pleine d’avenir. A condition toutefois que l’aspect « réseaux, formations, aides, suivi et conseil personnalisé » soit prépondérant. Les différents services de l’état doivent également être partie prenante pour ne pas dire des acteurs majeurs de cette forme d’activité.

Nous devons rapidement inventer une nouvelle relation au travail. Il ne s’agit pas de régresser bien entendu, mais de transformer très profondément les structures mêmes de ce qui nous permet de progresser et de nous réaliser.

mai 10, 2005 dans Analyses | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack