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05 décembre 2007
La mort du livre ?
Je n’aime pas du tout ce titre. Il me met même en colère. Il est cependant régulièrement utilisé par la presse depuis des années lorsqu’il s’agit de parler du serpent de mer « e-book » ou "Livre électronique". Rien ne meurt, tout se transforme pour paraphraser Lavoisier. Il en va de-même pour le livre. Quand va-t-on enfin le comprendre ? Tout comme la radio et la télévision n’ont pas fait disparaître le spectacle vivant, tout comme le web ne condamnera en rien la presse écrite, tout comme l’internet, encore lui, ne fera pas disparaître la création musicale et la juste rémunération des auteurs, compositeurs et interprètes.
Le livre électronique ne condamnera jamais l’objet « livre ». Le livre tel qu’on le connait aujourd’hui subsistera encore longtemps, deux ou trois générations, en tout cas en termes de marché de masse. Il ne disparaîtra jamais en terme « d’objet ». Mais il sera alors bien plus rare… Le marché de masse se transformera tôt ou tard mais encore faut-il (comme toujours) que toutes les conditions soient réunies…
Tous les essais de mise sur le marché de livres électroniques ont jusqu’alors largement échoués. Ces échecs étaient parfaitement prévisibles. En voici les raisons :
La technologie
Immature ! On ne peut remplacer un objet aussi palpable et sensuel qu’un livre (volume, poids, souplesse, solidité, conservation et même odeur…) par une boîte noire équipée d’un écran LCD, d’une batterie, d’un circuit intégré et de 3 boutons pour toute interaction. L’interface homme/machine doit absolument être aussi intuitive, confortable et palpable que le livre traditionnel. Le changement culturel serait brutal. Il s’agirait donc d’acheter un « lecteur électronique de textes et d’images » dont la mémoire pourrait contenir des bibliothèques entières plutôt que des dizaines, des centaines d’objets « livre » ? Le futur e-book de masse cumulera forcément les avantages du livre et ceux de l’électronique sans leurs inconvénients.
Le marché des lecteurs/utilisateurs
Aucun utilisateur ne passera au livre électronique s’il y perd quoi que ce soit. Il ne sera convaincu que si on lui propose des services ou des fonctions supplémentaires réellement convaincantes à ses yeux ! Lire n’est pas une activité comme une autre. Cette activité implique un minimum de concentration et de réflexion. Elle permet d’échapper un temps au réel. Elle ne suppose aucune contrainte. On s’attache à un livre, on le feuillette de temps en temps, on l’annote, on le laisse traîner négligemment sur une table, un fauteuil, on le classe parfois religieusement dans sa bibliothèque. Certains d’entre eux sont achetés à la va-vite, puis jetés une fois « consommés ». Le livre n’est décidemment pas un objet et un média comme un autre ! La question est la fois évidente et complexe : Pour quelles raisons obscures nous passerions-nous du « livre » ?
Le marché des auteurs et éditeurs
Comme dans le monde musical, les éditeurs devront faire face à un nouveau média, une nouvelle approche, un nouveau modèle économique du livre basé sur un modèle qui pourrait à terme émerger du marché de la musique. Là encore quel tsunami culturel pour les éditeurs ! Seront-ils plus rapide au démarrage que leurs confrères du disque ? Rien n’est moins sûr tant le livre « imprimé » est ancré depuis des siècles dans nos cultures.
Des pistes pour le futur
De mon point de vue, le futur « e-book » ne sera probablement pas un « terminal lecteur de livres » (quelle que soit sa forme ou son interface) à l’exception toute fois de certains marchés comme celui des notices techniques et de la maintenance. Sur de tels marchés interviennent forcément des notions d’efficacité, de productivité et de sécurité.
Pour voir poindre des livres électroniques à l’horizon, il faudra se pencher sur les développements de technologies telles que celles du « e-paper » et de l’ « e-ink ». Car c’est bel et bien le papier qui évoluera. Chaque page devra être un « écran ». Chaque page devra être aussi fine, souple et malléable qu’une page faite de cellulose.
En termes d’interaction, le lecteur devra pouvoir modifier le corps du texte à sa convenance. Il pourra passer d’un texte foncé sur fond clair à un texte clair sur fond foncé. Le livre devra pouvoir être lu en pleine obscurité, sans l’apport de lumières extérieur. Voilà un vrai plus.
Il est évidemment hors de question d’être obligé de recharger la batterie de son livre. Le livre devra forcément être totalement autonome et très peu gourmand en énergie.
Le lecteur pourra afficher texte et/ou images. Il pourra faire des renvois à la demande vers le sommaire, il pourra consulter la bibliographie et commander les ouvrages, filtrer les contenus, afficher les contenus des annexes, textes, images, sons ou encore vidéos. Il devra pouvoir faire des annotations, surligner, envoyer une sélection par mail, consulter un dictionnaire ou encore une encyclopédie, etc.
Le lecteur pourra accéder à des articles externes ; articles de presse, critiques, commentaires de lecteurs, à d’autres ouvrages traitant du même sujet ou de sujets annexes. Il pourra enregistrer « dans son livre » ses préférences, notes et liens externes associés.
Le lecteur devra être en mesure de conserver son livre, de le ranger dans sa bibliothèque. Les informations qu’il contient devront être malgré cela consultables sur un ordinateur via un logiciel de gestion de la bibliothèque du type « iTunes » et utilisable dans le cadre de travaux connexes. Les droits d’auteurs devront bien entendu être pris en compte et acquittés dés l’achat du livre.
Enfin le tout devra être disponible à un prix très proche de celui d’un livre « papier » d’aujourd’hui.
L’économie deviendra de plus en plus immatérielle. A terme, celle du livre suivra le mouvement général, enclenchée par l’avènement des réseaux. En attendant, méfions-nous des fausses bonnes idées…
Le Cybook Gen3 de Bookeen
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décembre 5, 2007 dans Prospective | Permalink
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